récit Yann Borgnet Spigolo
" Ansabère, Spigolo Sud de la petite Aiguille "
Yann Borgnet et Brieuc de Jacquelot
18 juillet 2007

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Récit de Yann Borgnet

 


Petite aiguille d'Ansabère
Le Spigolo sud
Mercredi 18 juillet 2007-07-29

 

5h00, Réveil; un peu dur, très dur même. C'est à ce moment là qu'on se dit : « mais qu'est ce qu'on est con de faire ces trucs qui ne servent à rien !! » La montagne, ça reste une roulette russe : toujours plus haut, toujours plus dur, toujours plus engagé....
C'est dans cette optique que nous partons pour cette voie majeure dans le secteur. J'ai encore un peu mal au dos, ayant fait le copper-head toute la nuit dans les irrégularités du sol de la tente, plantée sur le premier plateau ; Ceci n'est pas grand chose face au désastreux constat qui s'offre à nos yeux lorsque nous sortons la tête de la tente, frontale allumée. Un brouillard épais, mêlé à une bruine dévastatrice !!! Tout était trempé... sur le coup on s'est demandé si notre destin n'était pas chaudement et confortablement installé dans nos duvets puis je me suis dit que peut-être par quelques miracles dont je ne connais pas l'origine il ferait peut-être beau au pied de la voie. Ceci suffit à nous motiver. C'est donc vers six heures moins dix que nous quittons la tente. Nous regrettons de ne pas avoir d'anti brouillard... Arrivés aux cabanes d'Ansabère, le temps n'a pas vraiment évolué. Nous continuons alors le chemin ; au bout d'un moment celui-ci se perd dans les herbes, trempées par la bruine. Nous hésitons, notre espoir de voir un jour le soleil s'amenuise de plus en plus. Nous décidons alors de redescendre aux cabanes histoire de voir si nous voyons un panneau qui pourrait nous renseigner. Là-bas c'est le chaos : aucun panneau n'indiquant le col de Pétragème. En franchissant les clôtures du parc à chèvres nous parvenons à un panneau, mais comble de notre désespoir celui-ci nous emmène au lac d'Ansabère. Un peu dépités nous nous asseyons sur une pierre. Nous manquons de nous faire dévorer par un féroce Patou, qui devait vaquer dans un profond sommeil, et celui-ci, voyant que nous n'étions que des bêtes inoffensives replongea immédiatement dans son sommeil initial, comme si de rien n'était. Je l'envie d'ailleurs un peu et me demande si le mieux n'est pas de redescendre aux tentes pour l'imiter. Mais Brieuc m'a convaincu du contraire. De toute façon je ne suis pas genre à lâcher l'affaire pour si peu. Un bon quart d'heure plus tard, voyant que le temps n'a pas vraiment évolué, nous décidons d'aller voir si nous apercevons les grimpeurs rencontrés la veille pour leur demander ce qu'ils font. Ils avaient le projet d'aller faire la voie Cames-Sarthou à la grande aiguille, une voie que leur grand père avait gravit jour pour jour 70 ans auparavant. Dans la première cabane, il y avait un groupe de randonneurs qui se demandait lui aussi ce qu'il valait mieux faire. Par leurs indications, nous trouvâmes nos compagnons grimpeurs au saut du lit, à poil (presque) pour certains... Ils nous proposent gentiment un café accompagné de pain au chocolat.... On ne pouvait pas refuser !! Ils n'étaient pas très inquiets pour le temps. C'était des pyrénéens habitués aux aléas climatiques de leur massif ; dans les alpes ce genre de temps n'est pas courant. Un des leur, Philippes était accompagnateur en montagne. Lui était persuadé que le temps se lèverait. Philippes était accompagné par deux frères, Ivan et Boris qui étaient les précurseurs de ce projet. Ce sont d'ailleurs eux qui sont à l'origine de ce site internet consacré aux majestueuses aiguilles. Enfin il y avait Pierre, montagnard improvisé de la région de Biarritz. (à mon avis plus festars que montagnard mais les apparence sont parfois fâcheuses!!!) Je ne sais pas ce qu'auraient dit tes élèves s’ils t'avaient vu monter ton pack de 24 kro à bout de bras jusqu'aux cabanes, et de nuit s'il vous plaît. Enfin rien que d'y penser ça me fait rire!!! Le pire c'est peut-être les chaussures qu'il portait ; pied nu dans de vielles converses toute déchirées ; ça devait être fort plaisant !!! Puis encore au moment de faire les sacs pour aller grimper, pendant que tout le monde préparerait le matos d'escalade proprement dit on pouvait entendre Pierre demander : « 10 bières ça suffit pour l'escalade, 2 chacun » heureusement qu'il y en a qui restent un peu lucide pour lui dire qu'une suffirait !!! Il en prit quand même deux de rabe, « au cas où... »!!!! Il me fait bien rire ce Pierre quand même!!!
Enfin Eric, le cameraman du jour est arrivé tôt le matin même. Après un second café, nous repartons mouiller nos bas de pantalon, cette fois précédés d'un guide (c'est plus pratique). A force de monter dans le brouillard j'y croyais de moins en moins au beau temps, puis soudain, après une traversée ascendante vers la droite, ce fût l'apothéose. Le brouillard s'est déchiré pour laisser apparaître Mr le Spigolo.

Grandiose, majestueux, impressionnant ne sont même pas assez fort pour décrire ce qui c'est étalé sous nos yeux. Le Spigolo était très très.... largement  à la hauteur de nos attentes. C'est à ce moment là que je me suis dit que ça passerait, que nous pouvions grimper cette voie mythique. Redescendre sans l'avoir grimpé était chose impossible maintenant que je l'avait entrevu. Aussitôt après s'être dégarnit, celui-ci s'est tout de suite rhabillé de son épais manteau blanc. C'est qu'un peu plus haut qu'il s'est définitivement dégagé. Cette vision m'a donné un regain de motivation.
Nous laissons donc nos compagnons pour rejoindre le pied de la falaise. Le départ de la voie est vite trouvé et aussitôt équipé je pars dans la première longueur. Je réalise une longue longueur facile mais la qualité du rocher laisse vraiment à désirer !! J'ai l'impression que nos compagnons ont du mal à ne regarder autre chose que le Spigolo (c'est compréhensible!!). Une seconde là encore longue m'emmène sous les difficultés proprement dites. Ces deux longueurs de presque 60m sont marquées par un mauvais rocher et un tirage important (normal!!).

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Brieuc à gauche et Yann, à droite...

Le dièdre qui me surplombe m'a donné pas mal de fil à retordre. L’enchaînement de cette longueur m'épuisa. La fissure qui parcourait ce dièdre était très fine, mes doigts y passaient à peine ; pas facile donc de trouver des bonnes prises... l'esthétique n'y était pas (ils sont vache de mettre des longueurs en 6c pour l'échauff!!) Heureusement que la longueur qui suivait n'héritait, en plus du 6 « que » de la deuxième lettre de l'alphabet. Ça a permis un petit repos des bras avant les longueurs vraiment dures. Elle remontait tout d'abord une écaille puis franchissait un beau dièdre lisse. Une belle longueur où le repos fut finalement que médiocre, qui grimpait bien sur de l'excellent rocher. Je fis le début de la longueur suivante (5ème) en libre. Un dièdre vraiment lisse, pas évident du tout. L'écart entre les points s'était très nettement resserré, ce qui présageait un cran supplémentaire dans la cotation et en effet on passait au chiffre de la chance.

À la fin de ce dièdre lisse, je fus dominé par un mur surplombant. C'est à partir de là que j'ai commencé l'artif. Les étriers furent bien pratique. En montant, j'observais les prises et je me suis aperçu que j'aurais peut être pu grimper en libre. La longueur suivante fut tout aussi pénible car également en artif (pour moi...). Par contre là il n'y avait aucun doute sur un enchaînement possible de cette longueur. A moins de mesurer 2m je ne vois pas comment un grimpeur de 6a pourrait passer cette longueur d'où mon étonnement face à la cotation libre obligatoire... À deux reprises j'ai du passer un coinceur dans les têtes de boulons d'anciens golots. Pas très rassuré (et oui quand on vient de grimper 150m sur des spits bétons les vieux golots qui dates de l'ouverture font mauvaise augure!) j'y ai accroché mes étriers avant de me pendre dessus. Et lorsqu'en fin j'ai pu passer la dégaine dans le spit suivant c'est un grand ouf de soulagement !! Encore un pas bien allongé où je dois m'y prendre à plusieurs reprises et je suis au relais, soulagé d'en avoir fini avec ces longueurs d'artif.

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Après une courte longueur en traversée vers la droite, j'ai du batailler pour enchaîner la grande et belle longueur qui suivait. Le début était facile, ça déroulait bien, avec de bons bacs puis la paroi s'est redressée pour offrir quelques pas bloc ; notamment une petite traversé à l'aide d'une mauvaise épaule. Là j'étais vraiment au taquet, jusqu'au relais d'ailleurs, surtout que l'équipement était bien aéré. C'est alors que nous avions deux solutions; même si j'ai déjà choisit je demande quand même à Brieuc ce qu'il en pense. Il est d'accord pour continuer dans la variante qui, en deux longueurs, mène directement au sommet de la petite aiguille. Même si cette escalade m'éprouve physiquement, le rocher et le cheminement sont tellement beaux que je n'ai aucune envie de l'achever si vite,  c'est ce qui me pousse à vouloir faire la variante. S'arrêter là, ce serait enlever la cerise du gâteau. Et j'ai bien fait car la longueur qui suit est magnifique. Un départ en dalle sur un rocher compact style Verdon conduit sous un mur légèrement déversé que l'on surmonte grâce à une écaille, ensuite c'est une succession de bacs avec quand même quelques pas dur, surtout après ce mur surplombant plutôt à bras. C'est la longueur que j'ai préféré. Ce sentiment c'est confirmé au relais ; celui-ci était superbement bien placé, juste sur le fil du Spigolo de sorte qu'on le surplombait jusqu'à sa base ; mémorable !!! Elle m'a demandé un effort considérable. Après une manip bizarre qui m'a permis de récupérer l'appareil photo, Brieuc m'a rejoint. J'ai alors bataillé pour prendre des photos, les piles rendant l'âme. Encore un petit pas au départ de la longueur suivante et c'était bouclé. Au sommet j'ai pu savourer la « victoire » avec un brin de soleil. Brieuc est ensuite arrivé et après une petite pause, nous avons rejoint le rappel de la descente. Après un passage à la brèche entre petit pic et petite aiguille. C'est par un couloir d'éboulis que nous rejoignons le plateau. Là-haut nous rejoignons mère et sœur puis à la descente nos compagnons de la grande aiguille. Après leur avoir exposé nos impressions, nous descendons en leur compagnie. Nous nous retrouvons rapidement sous le brouillard.

Yann Borgnet
Juillet 2007