Récit Couloir Bellocq-Cazanave-Trey
Récit "tentative Voie du Vieux Piton"

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Vue depuis le Sud-est

 


Vue depuis le Nord-est

 


Boris dans ce chaos de pierre.

 


Accès à la cheminée par la neige.

 


Sans commentaires...

Tentative Voie du Vieux Piton

Samedi 12 mai 2007

Nous prévoyons l’ascension de l’aiguille Riéra-Alcubière du massif d’Ansabère, située entre les aiguilles Nord et Sud. Cette ascension longe la voie du vieux piton, voie menant directement au grand pic par l’Est et nommé ainsi par François Carrafancq et Fernand Cassou qui y trouvèrent un vieux piton perdu par Henri Barrio en 1933. Finalement, c’est cette voie qui nous attire le plus et c’est donc avec cet objectif en tête que nous préparons le matériel le vendredi soir. Voici le topo récupéré dans un guide Ollivier :

« Voie du Vieux Piton. AD. Sup. Pas de IV.
69c/. Cette voie a été suivie le 2 novembre 1978 par François Carrafancq et Fernand Cassou. Ils y trouvèrent un vieux piton d'une forme très caractéristique, témoin d'une vieille tentative dont les auteurs pourraient bien avoir été, en 1933, Barrio et Bellocq. Repoussés par la muraille de l'Aiguille Nord dont ils n'avaient pu gravir que quelques mètres (dans lesquels H.Butel et J.Ollivier trouvèrent quelques-uns de ces pitons), il est possible qu'ils se soient rabattus sur cet itinéraire. Nous ignorons s'ils l'ont suivi jusqu'en haut. Il ne présente pas de difficulté supérieure à IV. Le rocher est d'une qualité très variable. »

Lever 4h15, direction Gurmençon où Boris me rejoint. Il est 6h30 lorsque nous commençons la marche d’approche. Contrairement à la sortie précédente, nous remontons vers Escoueste et les cabanes de Pédain au lieu de rejoindre les cabanes d’Ansabère. Il nous faut en effet rejoindre le socle des aiguilles, côté Est. Arrivés sur la crête, au-dessus des cabanes, nous découvrons les aiguilles, majestueuses, sous un aspect moins habituel. La voie du vieux piton a un aspect complètement différent que lorsqu’on regarde les photos classiques. D’ici, ça n’a pas l’air très compliqué, on a l’impression de voir un « boulevard » remonter en oblique sur la gauche jusqu’à la crête sommitale du grand pic. Nous admirons la puissance de la grande aiguille et son « toit » immense du dièdre Nord-est. La pointe Barrio est bien plus imposante et élégante de ce côté-ci. Tout est parfait sur ces parois qui nous offrent un ensemble de toute beauté.

Nous arrivons rapidement au pied des éboulis couverts de neige. La progression est plus aisée que s’il avait fallu remonter la raillère. Nous sommes à pied d’œuvre, le temps est magnifique, toutes les conditions sont réunies.

Il est 9h30 lorsque Boris « attaque » l’escalade. Le début de l’ascension n’est pas du tout compact : c’est un ensemble de pierres calcaires mal solidarisées entre elles, si bien que très vite, nous nous rendons compte qu’il faut être d’une vigilance extrême. En effet, pour résumer la première impression, c’est « tout bouge ». Par moment, ça ressemble à du « mille-feuilles ». Une pierre qui tombe en entraine souvent plusieurs autres. S’il y a de bonnes prises de main ou de pieds partout, très peu sont stables. Il faut toutes les tester avant de s’y appuyer ou de s’y hisser. La plus part du temps, ce sont des blocs qui bougent ou des cailloux qui tombent. Encore une fois, en second, je ne suis pas très fier même si Boris est extrêmement vigilant. Outre la difficulté de grimper en leader, il doit veiller à ne pas me faire tomber de cailloux dessus et cela lui complique la tâche. Cette difficulté rencontrée est renforcée par un autre élément : la voie est très difficile à protéger. Les pitons font éclater le calcaire ou tomber des morceaux de roche. La plus part des béquets qui semblent fiables bougent dès qu’on les secoue vigoureusement pour les tester. Enfin, pour corser le tout, comme s’il n’y en avait pas assez, ce sont les chutes de pierres, celles qui tombent de tout en haut et qui font un bruit de « mobylette » lorsqu’elles passent près de nous en direction de la neige, tout en bas. Au-dessus, à droite, à gauche, régulièrement, nous entendons des ricochets, des bruits de pierres qui éclatent littéralement et se dispersent en « pluie » de cailloux qui dégringolent. Comme le dit Boris, la montagne se « casse la gueule ». Ici on en prend conscience, on comprend mieux comment se forment les raillères…
Le vent se lève par rafales. Chacune d’entre elles déclenche encore des chutes de pierres. J’entends à un moment un ricochet loin au-dessus de moi ; je lève la tête : un gros caillou prend ma direction. Je le suis des yeux pour me préparer à l’esquiver lorsqu’une rafale le dévie de sa trajectoire. Ouf !

En allant doucement et surtout prudemment, on évolue.

 

C’est dans ces conditions que nous découvrons l’escalade de la voie du vieux piton. Cette voie, qui ressemblait à un « boulevard » vue d’en bas, n’a encore une fois plus du tout le même aspect. Le cheminement n’est pas évident (Il n’y a pas de topo), mais surtout, c’est plus soutenu que nous le pensions, ce sentiment se renforçant au fur et à mesure de l’ascension. Effectivement, dès que l’on regarde en bas, c’est totalement vertical et par moments exposé.

Nous rejoignons une cheminée sur la droite qui démarre dans l’ombre sur une belle pente de neige dure. C’est sur cette neige que dix minutes plus tôt nous avons vus tomber une bonne quantité de cailloux : on ne va pas y trainer longtemps. Nous décidons d’alterner pour grimper en tête, que chacun des deux puisse souffler un peu et se reposer sur l’autre. C’est ici que je suis devant et il me faut sortir le piolet car en-dessous c’est le toboggan direct jusqu’au départ de la voie. Autant dire que ce n’est pas la direction choisie. Je fais des marches à grands coups de pied et très vite, c’est le rocher qui reprend ses droits. Ce sont les coinceurs le plus utiles pour protéger. Cette cheminée est belle, impressionnante vue d’en bas mais c’est protégé et ça semble à notre portée. Je suis sur un passage un peu plus délicat. Tout droit, je ne passe pas : je trouve un coinceur qui a plus que bien rempli son rôle puisqu’il m’est impossible de le bouger. Je m’en sers pour protéger. Je tente plus à gauche. Il y a deux mètres que je n’arrive pas à faire. Pour éviter de perdre du temps, Boris me rejoint, mais lui il tente sur la droite… et passe. Il continue, jusqu’à un endroit qui finit en cul-de-sac : il faut s’élever, ça a l’air un peu plus compliqué, il fait un relais. Je le rejoins et poursuis : en opposition, je progresse et franchi ce pas. Un autre passage délicat m’attend au-dessus : il faut se déporter sur la gauche. Plus haut, c’est une lamelle de calcaire qui permet d’évoluer encore par oppositions, c’est très agréable. Il y a quelques mètres durant lesquels il ne faut pas s’arrêter mais c’est facile, et au-dessus, il y a une petite plateforme. C’est là que je trouve un piton planté. J’en enfonce un second pour faire un bon relais, Boris me rejoint. Nous ne nous rendons pas compte que c’est de plus en plus difficile, les enchainements sont de plus en plus nombreux. Je repars et débouche rapidement sur une belle dalle de calcaire bien lisse fendue d’une fissure. Il y a six mètres difficiles, et en « grosses » chaussures, pas d’adhérence. Cet endroit est très exposé : il plonge directement sur le début de la voie. Autant dire que c’est haut… C’est trop engagé, je ne prends pas le risque, je redescends. Boris y va à son tour, il s’arrête au même endroit. A ce moment, il est tard, et nous réalisons que nous sommes « cuits », car nous avons laissé beaucoup d’énergie jusqu’ici. Que faire ? La sortie semble toute proche… Nous devinons un autre mur derrière qui semble être le dernier. Peut-être est-ce encore plus difficile ? Nous n’avons aucune indication. Réflexion… A droite, c’est légèrement surplombant mais « ça semble faisable » en progressant par oppositions. J’ai envie d’essayer mais je n’en peux plus. Non, ce n’est pas sérieux, d’autant que derrière c’est l’inconnue. Nous avons en tête le topo qui disait simplement « il ne présente pas de difficulté supérieure à IV ». Cela nous semble plus difficile… Boris ne cesse de me dire « on s’est trompé ! Ce n’est pas possible que ce soit ça ! ». Et moi de lui répondre « comment peut-on se tromper sur cet itinéraire ? On doit être bon, mais c’est vrai que c’est dur ! »

Nous décidons de redescendre… C’est ici que l’angoisse commence à monter : quand on regarde en bas, ce n’est que du vertical dans du rocher « pourri » ; comment poser des rappels sûrs ? Nous n’avons pas assez confiance et entamons alors la descente à tour de rôle en désescalade, assuré par l’autre sur un relais « moyen ». Nous savons au fond de nous que ça tient, mais bon… Longueur après longueur nous voyons la neige du bas avec nos traces de pas se rapprocher. Mais qu’on est loin encore ! C’est interminable… Quelques gouttes de pluie, il commence à faire froid, on reste concentré, on s’arme de patience, on continue doucement et sûrement. C’est nerveusement difficile mais on s’accroche (c’est le cas de le dire). Pour ne pas laisser de matériel, nous faisons de toutes petites longueurs, celui qui descend récupérant ainsi le matériel, assuré par l’autre. Mais c’est trop long. Lorsqu’enfin Boris sent que nous ne sommes pas loin : il voit le couloir d’accès à la face Est où il est déjà allé et devine donc que nous sommes presque en bas : « On fait un relais béton et on tire une bonne longueur pour en finir ! » me dit-il. Nous cherchons où planter des pitons. Boris repère une fissure, pitonne, mais la roche bouge. Ça ne met pas en confiance… Comment « bétonner » ? Je repère deux belles fissures au-dessus. Je pitonne à mon tour, ça « chante » bien, c’est costaud. J’en mets un second, idem. Le relais est installé, il est « béton ». Boris descend. Je surveille les pitons, ça ne bouge pas. Au bout d’un temps qui me semble infini, j’entends enfin « ça y est ! Je suis à la neige ! » C’est gagné… Il est sorti… A moi. Effectivement, Boris avait vu juste, puisque nous sortons presque tout au bout du rappel. Nous aurions pu aller plus loin sur la pente de neige avec la corde, mais nous la récupérons et rangeons vite le tout. Nous sortons de la neige ; il est 19h45…

La descente est faite au pas de course : nous voulons rassurer nos femmes et il n’y a pas de réseau téléphonique avant Lescun.
Re-consultation du guide Ollivier : nous nous rendons compte que nous avons obliqué trop à droite sur la variante Aldaya-Plaza qui est effectivement plus difficile que la voie du Vieux Piton.

Où nous sommes-nous trompé ? Il faudra que l’on y retourne pour répondre à cette question…

Ivan THOMAS