récit Oliveir Dautais



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19 Août 2005
Voie Despiau Ferrané
Olivier Dautais, Jean-Christophe, Erwan

Nous voilà donc, un beau matin d'août 2005, tous les trois à la gare de Tarbes où je viens d'arriver. Jean-Christophe et Erwan venaient de grimper quelques jours à Orlu. On commence par m'acheter des chaussons et comme nous avions hâte d'être à Pont-Lamary, je ne fais pas attention à la pointure et je me rendrai compte à la première longueur que c'est une idiotie, et que des five-ten trop petits c'est insupportablement douloureux. C'est à 15 heures que nous partons avec nos petits sacs. Arrivés en vue de la face, à hauteur d'une cabane, nous décidons qu'il est trop tard pour attaquer et Erwan et moi nous redescendons chercher de quoi bivouaquer, tout en causant, pendant que Jean-Christophe trouve un bloc pas trop empuanti par les brebis. Nous dormons dans une brume tiède.

Levés à l'aube, nous avons rejoint tranquillement la base des fissures-cheminées. C'est à dix mètres au-dessus du pierrier que j'ai commencé à souffrir comme une chinoise dans mes petits carcans de caoutchouc. Mes cheveux se dressaient sur la tête quand je posais les orteils, et je me suis mis à grimper avec les carres ou les talons. C'est une face Est où l'on grimpe à l'ombre, en faisant l'inventaire de toute sa science du ramonage et de l'opposition. L'escalade est soutenue et sûre, très intérieure, on progresse comme une vis dans une poutre en bois, en jetant par-dessus l'épaule quelques pierres innécessaires. La paroi qui nous domine et où certains ont eu la fantaisie de tracer des itinéraires est impressionnante, des surplombs blancs et jaunes nous dominent, et on s'offre le plaisir de jouir de verticalités que l'on n'est pas capable de gravir. La vue sur le spigolo doit être spectaculaire, et je soupçonne un peu Despiau d'avoir ouvert cette voie dans le seul but de
se faire une idée du nombre de tamponnoirs qu'il userait dessus, mais pendant au moins quatre longueurs on en est privé par la conformation du terrain, et ensuite, nous, on n'y a vu que de la brume.
On a ri dans la troisième ou quatrième longueur : Mon casque s'est coincé dans la cheminée étroite, au point que j'ai dû l'enlever pour le reprendre. Je n'ai pas manqué de me vacher dessus pour rire. Plus haut, comme je le donnais à Erwan qui prenait la tête de la cordée à ma place, le porte-matériel s'est ouvert... et tous les friends ont coulé dans la fissure. Nous étions à ce moment-là tous les trois au relais, et on a vu le moment où il faudrait tirer des rappels sur nœuds de cordes coincés et becquets improbables... Un tirage à la courte-paille, honteusement truqué bien sûr, parce qu'Erwan et moi nous avons toujours eu la trouille de nous pendre à des cordes, a décidé que Jean-Christophe descendrait les chercher. Ce brave entre les braves a tout récupéré et nous l'avons accueilli avec des embrassements. Erwan a franchi de drôles roches fracturées, assez athlétiques pour être évocatrices de l'Ossau, et on s'est retrouvés à la brèche entre le Spigolo et le petit pic. J'ai repris la tête pour la
longueur de sortie, improtégeable ou à peu près, mais toujours très sûre, ce que l'on fait de mieux comme calcaire à la pointe Chaussenque ou à la Forcanada, et qui consiste en une jolie envolée sur un bout d'arête nord. On est redescendus tout heureux.

Olivier Dautais

   
     

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