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Galère à Ansabère", 1996
Récit issu du site du Caf d'Orthez www.clubalipinorthez.com
 


Galère à Ansabère

 

mardi 26 novembre 1996

JOURNEE D’ARTIF

Quand je l’ai vu sortir ses chaussons de son sac, j’ai tout de suite compris que la journée ne serait pas ordinaire.

Déjà ce soleil levant qui dévoilait la montagne et nous réchauffait de ses rayons ; quoique, chauds, nous l’étions aprés 1h30 de marche soutenue, pour atteindre en haut de la raillère la base du socle. Et ces chaussons, noirs, luisants, éffilés comme des missiles, me faisaient penser à une poupée Barbie ; comment un pied d’homme mûr pouvait les enfiler ? Posés à côté, mes antiques chaussons ressemblaient à des sabots, j’y voyais la paille à l’intérieur, ils annonçaient pourtant la même pointure : 42.

Et puis sur le socle, cet immeuble, raide, froid, sans porte ni fenêtre, cité déserte dessinée par un architecte fou. Après 3 longueurs de promenades sur le socle, l’attaque se fait par un dièdre lisse.

Ma mission consistait à suivre la corde et à rapporter au premier toute la quincaillerie dont il avait savamment garni la mince fissure cachée au fond du dièdre. Passant, quand tu mousquetonneras le bicoin "Wall nuts" n° 0 pense à la bénédiction dont HALAIN m’a gratifié pour te l’avoir laissé. Je dis HALAIN, pour ne pas confondre avec GALAIN parce que nous étions 3 et les 2 s’appellent Alain. Pratique pour communiquer : "Alain sec", "Non", l’autre "quoi ! du mou ?"

Nous finissions par nous retrouver aux relais, suspendus par nos cordes à des plaquettes, des noeuds partout, obligés de grogner après un espagnol qui pensait nous prendre la place. La ballade se poursuivait de clous en clous doublés par une très interessante étude historique ou j’ai retenu "Celui là, il est béton, c’est du Boileau", "Ouah ! ça est un d’origine, il a bien 30 ans, c’est DESPIAU qui l’a tapé".

Bien que ça soit "craignos", je préfère le boulot de DESPIAU, les points sont plus proches pour suspendre ma petite échelle. Je ne vais pas vous ennuyer avec les trésors d’ingéniosité que j’ai dû déployer pour, juché sur la dernière marche de mon étrier, atteindre le point supérieur, je passerais sur les crampes, les doigts qui s’ouvrent, les "bouteilles" aux avants-bras, les jurons et les accès de mauvaise humeur peu glorieux pour en arriver à la dernière longueur sérieuse : interminable, soutenue, un gaz d’enfer, la cerise sur le gâteau.

HALAIN avec son goût du spectacle nous a gratifié d’un double salto piqué en vrille impressionnant et les espagnols en ont profité pour nous doubler et nous attirer au sommet. Muchas gracias.

J’ai continué ma mission en songeant au premier qui s’allègeait en montant et moi qui, récupérant le matos des espagnols et des ZALAINS, suis arrivé en haut du spigolo avec 4 échelles, 12 sangles, 19 dégaines et quelques coinceurs , suivi de près par le crépuscule.

Un rappel, une vire branlante et une cheminée pierreuse et la nuit nous accueillait à la Le temps de troquer notre tenue de combat pour celle du randonneur et nous fonçions vers le pont LAMARY par le col de PETRAGEME et les cabanes d’ANSABERE sous une lune goguenarde mais bien utile. Et avec ça, pas moyen de souper à LESCUN ; ANSABERE rimerait-il avec galère ?

GILOU