1927 - Jean Arlaud

3 juillet 1927 : 3ème ascension de la grande aiguille d'Ansabère
2ème par la voie du surplomb
J. Arlaud, P. Bourdieu, G. Fosset, C. Laffont, Garrigue, Dr. Lacq, Marsoo, A. Monegié


 

Cette histoire incroyable est extraite des "Carnets de Jean Arlaud" Ed. de Toulouse 1965-1966. La grande aiguille d'Ansabère a été vaincue mais n'a pas de survivant, car Lucien Carrive et Armand Calame ont trouvé la mort en 1923, le premier lors de l'ascension de la grande aiguille, le second lors de la descente (v. 1923 Calame/Carrive). Il restait un défi à relever : vaincre la grande aiguille d'Ansabère pour la deuxième fois, et revenir...
Jean Arlaud, toulousain, a créé le GDJ (Groupe Des Jeunes) en 1920, groupe avec lequel il organise de nombreux camps de montagne durant lesquels il réussit de nombreuses premières. En cette année 1927, il prépare une expédition à Ansabère avec "sa troupe" (terme employé à l'époque). Il fait un tapage médiatique pour annoncer son expédition, prévue le 3 juillet 1927. Son idée est de proposer aux "autochtones" de participer à son expédition, c'est ainsi que son équipe se compose de Pierre Bourdieu, du Dr Lacq, du Dr Marsoo, et de Garrigues en plus de Gaston Fosset, Charles Laffont et A. Monegie. Il y a également un certain De La Chapelle pour assurer le reportage photographique muni de son appareil stéréoscopique 6 X 13. Ce dernier restera sur le pic pour le reportage photographique.

3 juillet 1927 : L'équipe d'Arlaud s'aprête donc à faire ce qu'elle pense être la 2ème ascension de la grande aiguille d'Ansabère, mais Pierre Bourdieu leur dit que quelqu'un d'autre est monté une semaine avant... Arlaud n'en croit pas un mot, et Bourdieu de rajouter : "vous trouverez leurs noms au sommet !" Mais il refuse d'en dire plus. Durant la marche d'approche, à la dernière ferme, un berger leur dit : "il y avait deux gars au sommet dimanche dernier ! et ils criaient !" Arlaud est stupéfait, il se dit que le berger et Bourdieu ne se sont pas entendus, ce n'est pas possible ... Jean Arlaud presse alors Pierre qui finit par lâcher les noms : il s'agirait de Cames et Sarthou ! Jean Arlaud se trouve dans le doute. Il n'arrive pas à y croire.
La troupe s'est donnée rendez-vous aux cabanes. Jean Arlaud fait l'exposé de ce qu'il vient d'apprendre à ses compagnons. Il s'en suit de gros éclats de rire, et ils rient de bon coeur : "Cames et Sarthou ? L'aiguille ? mais ils seraient incappables de faire le pic lui-même !"

   


Le fanion au sommet de la Grande Aiguille

Charles Laffont et le Dr Lacq sont impatients de savoir, ils sont les premiers au sommet du pic d'Ansabère, d'où ils observent le sommet de la grande aiguille : "Il y a un fanion !" s'écrient-ils. "Ils ont la berlue ! c'est impossible !" répond Garrigues. Un fanion est pourtant bien présent. Tous cherchent alors la corde... celle de Calame... qui devrait théoriquement être toujours en place si personne n'était repassé par là depuis. Mais point de corde ! C'est alors une évidence : quelqu'un est monté après Armand Calame. Garrigues s'exclame alors : "C'est un coup de MOUTHE ! lui seul est capable d'avoir gravi cette muraille. Quel salaud ! Il connaissait le projet et il est parti sans nous prévenir !" Mais Bourdieu s'obstine à répéter : "C'est Cames et Sarthou !"
   
L'ascension commence, Fosset et Laffont en tête. Ils examinent les fissures : à gauche, il faut sortir de la vire par un balancement pour rejoindre la fissure (Calame-Carrive). En cas d'échec, c'est la chute. De plus, une fois dans la fissure, il est impossible de rétrograder. L'un d'eux, parlant parlant de Calame et Carrive, s'exclame : "C'est un coup de veine qu'ils aient passé !". L'équipe regarde alors la fissure de droite . Cette voie est dominée par un surplomb qui semble infranchissable. A ce moment, l'un d'eux observe : "Il y a des crampons !". Effectivement, plusieurs barres de métal sont plantées dans la fissure et simplifient le passage. Ils se décident à passer par là. Grâce à ces barres de métal, ce surplomb infranchissable devient simplement athlétique. C'est Fosset qui passe en tête. Monté sur les épaules de Laffont, une main sur un crochet, il cherche à chevaucher le surplomb, mais malgré les artifices l'obstacle est de belle taille, et vains sont ses efforts. Ici par bonheur, il est facile de se reprendre. Il redescend, il souffle, il repart.
La galerie est haletante. Quelques détentes brusques, il s'élève, le gros bec est franchi et sans s'arrêter il escalade vivement les quelques blocs qui précèdent la partie carrossable du trajet. Gaston Fosset a réussi l'escalade, tout le reste de l'équipe va maintenant pouvoir monter.


Gaston Fosset et Charles Laffont (Photo fonds Lacq)


Gaston Fosset dans le passage du surplomb (Photo fonds Lacq)

   
Arrivés au sommet, ils découvrent bien le fanion signé "Cames et Sarthou" daté du 21 juin 1927, soit exactement 12 jours avant eux. Pierre Bourdieu le récupère en déclarant : "Cames m'a demandé de lui rapporter le fanion !"
Les premiers arrivés font monter le suivants : il ne faudra pas moins de 6 heures pour que les 9 compères se retrouvent en haut de l'aiguille, les manoeuvres n'étant pas faciles. C'est d'ailleurs De La Chapelle, du haut du pic, qui joue le rôle d'intermédiaire pour coordonner les efforts de chacun.**
Jean Arlaud confie dans ses carnets que Mouthé est bien le responsable ayant vendu la mèche à Cames et Sarthou. Robert Mouthé déclara plus tard qu'il leur a même fourni du matériel. Mouthé est donc bien responsable de la présence du fanion au sommet de la Grande Aiguille. Garrigues ne s'était pas trompé de beaucoup...
   
"Cette photo a été prise par Marsoo au sommet de la Grande Aiguille d'Ansabère. C'est Pierre Bourdieu, pieds nus, comme toujours, lorsqu'il faisait des escalades difficiles. Il montre le fanion fixé au sommet de l'Aiguille, douze jours auparavant, par Cames et Sarthou".
Photo: Revue Altitude N°45 1969
 

 

 

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** Histoire tirée des "Carnets de Jean Arlaud, 1928-1938" Tome II.
* Si, bien-sûr, quelqu'un avait des renseignements, des précisions que nous n'avons pas, merci de nous contacter, c'est avec un très grand plaisir que nous recueillerions ces informations précieuses, ou des photos toutes aussi précieuses.