1927 Cames Sarthou vois du surplomb

24 juin 1923 : 1ère ascension de l'aiguille nord d'Ansabère
Armand Calame et Lucien Carrive, par la voie qui porte désormais leur nom.



La voie Calame-Carrive. Armand Calame fait ici une tentative dans la fissure de droite, sous le regard attentif de Lucien Carrive. Les deux hommes iront finalement à gauche, comme indiqué par les pointillés.

En ces années 20, les vocations montagnardes ne cessent d'éclore. Un groupe de montagnards palois "complotait des coups de mains audacieux contre les parois et les arêtes qu'ils jugeaient par trop arrogantes, et que leurs aînés se contentaient de toiser du regard" (dans Montagnes Pyrénées de JL Pérès et J Ubiergo).
Nous sommes le 24 juin 1923. Lucien Carrive, 33 ans, solide grimpeur qui avait fait ses preuves, et Armand Calame, jeune débutant de 17 ou 18 ans mais cependant doué, partent vers Ansabère.

"Un groupe d'amis palois est venu en renfort, jusqu'au fond du val de Lescun, pour les soutenir. Parti très tôt, le groupe d'appui fait l'ascension du pic pendant que Calame et Carrive se préparent au pied de l'Aiguille et commencent à grimper. Ils sont quatre ou cinq, d'après les souvenirs de Louis Anglade, l'ancien directeur de Pyrénées, disparu en 1990 mais toujours vivant dans nos mémoires. Alors âgé de 24 ans, il est là avec Bernard Bernis et Mesdemoiselles Peyresaubes et Grigues.Joyeux et enthousiastes en montant, ils sont devenus attentifs et soucieux en suivant la progression des grimpeurs."(1) Les deux compagnons s'engagent dans la fissure de droite (Photo 1 ci-dessous) puis se rabattent finalement sur la fissure de gauche (photos 2 et 3 ci-dessous), voie qui porte aujourd'hui leurs noms.

"Dans un pas de traversée périlleux, la corde dont s'aide Lucien Carrive s'effiloche et casse sous le sommet et il tombe sous leurs yeux, le rocher leur dérobant une partie de la chute et son point d'impact. Ces premières cordes coûtaient cher. Elles étaient faites de brins de chanvre mal solidarisés les uns aux autres et n'étaient pas utilisées pour s'encorder mais pour s'arc-bouter au rocher ou pour descendre. Celle-ci avait, circonstance fâcheuse, passé l'hiver, mouillée dans une malle." (1)
     

1 - Armand Calame tente l'escalade de la fissure de droite sous le regard de Lucien Carrive.
 


2 - Armand Calame escalade finalement la fissure de gauche, en s'aidant des épaules de Lucien Carrive.


3 - Armand Calame (en haut) assure Lucien Carrive qui s'aide de la corde pour se hisser. Cette photo a été prise quelques secondes avant le drame.

Armand Calame ne sait pas ce qui est arrivé à son compagnon. Paniqué sur le pic d'Ansabère, le groupe de soutien lui cri que tout va bien. Armand Calame rejoint alors le sommet de la Grande Aiguille d'Ansabère. Il est le premier à le fouler. Mais il faut redescendre... Armand s'aide du bout de corde restant, mais alors qu'il passe le surplomb, ses amis le voient écarter les bras et disparaître dans l'abîme, sans un cri. C'est la fin tragique de la cordée Calame-Carrive, l'un perdant la vie lors de la montée, le second lors de la descente. Il faudra attendre 4 ans avant la deuxième ascension de la Grande Aiguille d'Ansabère (par une voie nouvelle : la voie du Surplomb), réussie par Marcel Cames et Henri Sarthou le 21 juin 1927. Il faudra attendre 10 ans avant que ne soit répétée cette ascension par la fissure Calame-Carrive : cette réussite sera à mettre à l'actif de l'un des plus grands pyrénéistes des années 30 et d'après : un certain Henri Barrio, dit "Coucou".

(1) Textes extraits de la revue "Pyrénées" N°218 2004


Armand Calame, assis au centre, et Lucien Carrive, debout à droite, sur le Plaa d'Ansabe avant l'ascension de la Grande Aiguille d'Ansabère.


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